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L'AÉRODYNAMISME DE LA SF90 STRADALE

L'AÉRODYNAMISME DE LA SF90 STRADALE

La gestion du débit d'air autour d'une voiture est essentielle pour les performances. Elle l'est justement pour la SF90 Stradale, la première hybride de Maranello. Nous vous offrons une visite guidée des innovations qui ont valu deux brevets à Ferrari
Texte

Richard Bremner

L’air à travers lequel des voitures aux performances très élevées comme la Ferrari SF90 Stradale se déplacent est un ami tout autant qu’un ennemi. C’est un ami indispensable pour le V8 biturbo 780 ch bien sûr, qui a besoin d’air pour respirer et brûler le carburant qui génère la propulsion. Les systèmes d’assistance au V8 dépendent également de l’atmosphère, le passage rapide de l’air nécessaire pour rafraîchir ses radiateurs et ses intercoolers. Les freins dépendent également fortement de l’air pour disperser la chaleur très élevée causée par les ralentissements, et la carrosserie de la voiture doit être dessinée avec précision afin de canaliser le déplacement d’air faucheur et l’effet associé, la gravité, la combinaison qui colle la voiture au sol.

Mais l’air est également un ennemi de la performance. Il crée de la résistance au vent, du bruit, et, parfois, la possibilité de déstabiliser légèrement la voiture en cas de vent latéral, par exemple, et en phase de freinage. Contrôler le passage invisible de l’air au-dessus et à travers une voiture est donc une mission centrale dans la création de toute supercar moderne.

Les rayons des roues extraient l'air des carters, contribuant &agrave; maintenir la partie avant de la voiture abaiss&eacute;e <em>Rendu: Arscolor Media Production</em>
Les rayons des roues extraient l'air des carters, contribuant à maintenir la partie avant de la voiture abaissée Rendu: Arscolor Media Production

Visualiser le passage de l’air dessous, dessus, autour et dans une SF90 est utile pour penser à la voiture comme à une créature aquatique se déplaçant rapidement. Imaginer l’eau passant autour et à travers ses évents d’aération, ses conduits et ses générateurs de vortex aide à imaginer la tâche qui incombe au responsable de l’aérodynamisme, Matteo Biancalana, et à son équipe. Pour essayer de donner une idée de sa complexité, il utilise un diagramme montrant le passage de faisceaux individuels de flux d’air sinueux, chacun coloré en fonction de sa direction et de son rôle.

« Il n’y a pas d’interaction entre ces flux d’air », affirme Biancalana en décrivant l’exploit impressionnant de canaliser l’air, chose réalisée uniquement en partie par le processus de dynamique des fluides computationnelle (DFC) ; la soufflerie et l’expérience apportent également leur contribution. La DFC a créé une assistance aérodynamique active de la carrosserie supérieure pour la première fois sur une production en série Ferrari, son utilisation amplifiant et réduisant à la fois certaines caractéristiques. Parmi elles, la déportance et la réduction des distances de freinage grâce à une résistance accrue. « Mais, en tant que voiture électrique, elle nécessite également une portée de 25 kilomètres, nous essayons donc également de réduire la résistance », explique Biancalana.

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L'air crée de la traînée, mais peut être exploité à la fois pour refroidir et pour épingler la voiture sur la route Rendu: Arscolor Media Production

« Nous avons créé l’arrière de la voiture pour avoir la plus faible résistance possible, à l’aide d’une fonction dérivée de la P80/C basée sur la 488 GTE, un modèle réservé à la piste, que nous avons utilisé comme laboratoire. » L’aile arrière de la voiture est composée de deux pièces : elle possède un élément fixe et un carénage mobile. En cas de résistance faible, les deux pièces sont alignées et l’air passe dessous. Dans les virages ou en cas de freinage à vitesse élevée, la partie avant s’abaisse et ferme l’espace. « C’est une solution brevetée », dit Biancalana. Une image DFC de la partie inférieure de la SF90 à vitesse élevée révèle une zone en forme de delta de haute pression à l’avant qui colle la voiture au sol. Son effet est grandement accru quand le carénage arrière est abaissé pour une déportance maximale, produisant une « interaction mutuelle entre les deux systèmes. La voiture est donc bien équilibrée de l’avant à l’arrière », explique Biancalana.

La gestion du débit d’air est essentielle pour les autres parties de la voiture, comme les roues et leur compartiment. Les roues génèrent des turbulences, tandis qu’à vitesse élevée les passages de roue se remplissent d’air indésirable à haute pression, poussant la voiture à se soulever. « Nous avons créé un effet turbine avec les branches », affirme le responsable de l’aérodynamisme. Ce système breveté évacue l’air des passages de roue tout en l’incitant à circuler très près des flancs de la voiture, réduisant la résistance. Il en résulte un ensemble aérodynamique très complet et ingénieux qui, selon les dires de Biancalana, a été « le plus exigeant jusqu’à présent pour une voiture Ferrari de production en série ».

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