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DANS LES RUES DE HANOÏ

DANS LES RUES DE HANOÏ

Pour la première fois de son histoire, le Vietnam devait accueillir un Grand Prix de Formule 1. Cela se fera sûrement l'année prochaine. En attendant, nous avons parcouru les rues du circuit urbain à bord d'une Ferrari 488 GTB. À la découverte d'une ville pleine de charme et d'histoire
Texte

Corrado Ruggeri

Le temps change beaucoup de choses, mais Hanoï a su conserver une atmosphère envoûtante. Comme celle du culte des ancêtres. Ceux qui respectent la tradition possèdent chez eux une pièce dotée d’un petit autel devant lequel ils brûlent de l’encens, de minces fils de fumée – autant d’échelles invisibles selon eux – qui relient la terre au ciel. Les parfums embaument souvent jusque dans les rues : l’orange et la cannelle sont actuellement à la mode. Hanoï représente un Vietnam resté quasiment intact, où les femmes baissent les yeux quand elles comprennent qu’on tente de les séduire mais relèvent la tête et acceptent le défi quand leur famille et leur pays ont besoin d’elles. La ville leur dédie un musée - c’est d’ailleurs peut-être la seule au monde - célébrant le travail et la douceur féminine.  Et elle abrite une magnifique statue, la Mère du Vietnam, œuvre du sculpteur affirmé, Nguyen Phu Cuong, de trois mètres et demi de hauteur d’un personnage féminin fier tenant dans ses bras, posé sur son épaule, le petit pays né depuis peu.

La guerre avec les Américains est finie depuis 45 ans mais les étals regorgent encore de Zippos, les briquets appartenus aux soldats américains : sur chacun d’entre eux sont gravées de sanglantes devises de guerre. Les soldats vietnamiens, au contraire, étaient plus romantiques : ils offraient à leurs fiancées des mouchoirs dotés de fines broderies et de pensées d’amour avant de partir en guerre. Le magasin qui les vendait s’appelait Tam My et était situé sur la Hang Gai Street : il est toujours là, on y trouve désormais des draps et du linge de table. Le joyau de la capitale vietnamienne est le Vieux Quartier, celui que les Français appelèrent Cité Indigène, un enchevêtrement de trente-six rues sinueuses des corporations, où l’on sculpte des pierres tombales ou l’on tresse des nattes, où l’on travaille l’argent ou l’on confie au vent les parfums des différentes herbes aromatiques. Des ruelles qui naissent et meurent dans des cours ombragées, des bruits, des parfums, des paniers, des sandales, des embouteillages de scooters, des restaurants aménagés sur les trottoirs, des hamacs tendus le temps d’une sieste, des marchés, des poissons qui sautent dans les aquariums, des barbiers à ciel ouvert.

Arrêt conseillé au Sofitel Legend Metropole, le plus sophistiqué des hôtels de Hanoï, où Graham Greene écrivit « Un Américain bien tranquille ». Une atmosphère coloniale qui fait revivre cette époque. Mais pour une expérience véritablement locale, rendez-vous au Giang Cafè où vous trouverez le meilleur café à l’œuf, une extravagance vietnamienne. Outre la modernité apparente faite de gratte-ciel et de cybercafés, l’antique Hanoï accidentée résiste encore, celle du vin de serpent, considéré comme une espèce de viagra naturel, ou de l’élégance confucéenne du Temple de la Littérature, construit en 1070 : gravés dans la roche se lisent encore les noms des élèves les plus doués de l’époque.

Vient ensuite le Mausolée de Hô Chi Minh. La visite dure un instant : il est nécessaire d’être vêtu de manière respectueuse pour pouvoir entrer, les photos et les enregistrements vidéos sont interdits, il est également interdit de parler et de garder les mains dans les poches. Un temple laïque, où face à la mort du corps, est célébrée la vie d’un grand chef.

Ce n’est pas lui à avoir indiqué la voie suivie aujourd’hui, celle d’un soit-disant « socialisme de marché ». Le Vietnam à la recherche de petits et grands luxes et auquel l’Italie plaît tellement : avec sa mode, sa cuisine, son vin, ses voitures, ses meubles.

Mais Hanoï aussi sait proposer ses points forts. L’art, par exemple. Au début du siècle dernier, la France fonda une école des Beaux Arts sans imposer le style européen mais en favorisant au contraire la contamination avec les traditions locales, vernis compris. Ainsi est née une école vietnamienne et il suffit de faire le tour des galeries d’art – ne manquez pas la Apricot – pour en admirer le charme. On peut ainsi y apercevoir des œuvres comme celles de Nguyen Thanh Binh, peintre célèbre, qui a comme thème de prédilection des personnages féminins vêtus de « ao dai », un vêtement traditionnel, élégant et malicieux, une sorte de pyjama palazzo caractérisé par de profondes fentes dans la longue tunique descendant presque jusqu’aux chevilles. Les étudiantes des lycées l’utilisent également, complètement blanc, et c’est l’image emblématique du Vietnam, avec de splendides réélaborations de la part de la styliste Minh Hanh.

La Ferrari 488 GTB traversant la place Dong Kinh Nghia Thuc, un monument emblématique de Hanoï <em>Photo: Ian Rock</em>
La Ferrari 488 GTB traversant la place Dong Kinh Nghia Thuc, un monument emblématique de Hanoï Photo: Ian Rock

Même les aliments rappellent la simplicité. Dégustez au moins une fois le « pho », soupe d’herbes, viande et noodles : au prix d’un euro, elle se mange partout, et à tout moment, elle est délicieuse et rassasiante même pour qui est habitué à des plats plus substantiels. Unique au monde, le spectacle des marionnettes sur l’eau nourrit l’âme. Il dure une heure : mais dix minutes suffisent pour toute la vie.

Pour finir, rappelons la passion vietnamienne pour les voitures rouges : ils sont convaincus qu’elles portent bonheur. C’est aussi pour cela qu’ils supportent Ferrari et pourront enfin montrer toute leur passion au début du mois d’avril quand Hanoï accueillera son premier Grand Prix du Vietnam.

 

Toutes les photos et vidéos de l'article ci-dessus ont été créées avant les mesures d'urgence face au Covid-19 et les décrets du gouvernement (italien) y afférents.

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